Rock en Seine sort des voies classiques

Rock en Seine sort des voies classiques

Le Monde
| 29.08.2016 à 06h47
Mis à jour le
29.08.2016 à 09h27
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Par Sylvain Siclier

Mais c’est vachement bien le jazz, en fait. » « Et le gars là, t’as vu ce qu’il fait avec sa voix. » « Puissant ! » Ces trois bouts de conversations entendues au vol, à la fin du concert de Gregory Porter, résument bien la forte impression qu’a laissée le chanteur américain sur le public de Rock en Seine, dimanche 28 août en milieu d’après-midi.

Pour la très grande majorité de ceux venus au Domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) voir et écouter Editors, Sum 41, Iggy Pop, Cassius ou Foals, les vedettes de la troisième et dernière journée du festival francilien, Gregory Porter était probablement un inconnu. Même si le chanteur californien est, par ses approches vers le blues et la soul, l’un des rares artistes de jazz dont les enregistrements se vendent bien.

Ce succès à Rock en Seine, Gregory Porter l’obtient sur la Scène de la Cascade, là où, comme sur la Grande Scène, passent justement les vedettes. Et sans changer en rien sa musique ou l’adapter à un festival où règnent le rock, les musiques électroniques, le rap et cette année plus discrètement la pop (Papooz, le groupe d’Ulysse Cottin et Armand Penicaut, a été une belle découverte).

Porter est là en quintette, piano acoustique, rythmique itou, le saxophoniste Tivon Pennicott à qui il laisse de fréquentes interventions, pas du genre petit solo gentillet sur vingt-quatre mesures. Avec des tempos lents, la voix, chaude, grave, profonde, qui se fait murmure (No Love Dying), des arrangements plus dépouillés que sur ses albums (Don’t Lose Your Steam ou 1960 What ‘ sans une section de vents complète).

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Rock en Seine se dore aux pilules bleues

Peu avant dans l’après-midi, François Missonnier, directeur du festival conçu depuis ses débuts en 2003 avec Salomon Hazot (Nous Productions) et Christophe Davy (Radical Production), revendiquait l’envie régulière de l’équipe de faire ainsi quelques paris sur la curiosité du public. Outre Porter, il a aussi programmé sur la Grande Scène, samedi 27 août, à une heure de grande écoute, 20 h 45, avant Sigur Ros et surtout Massive Attack, le collectif californien plutôt ­allumé Edward Sharpe and the ­Magnetic Zeros.

Pour amateurs avertis

Le groupe, mené depuis 2007 par le chanteur Alex Ebert, compte une dizaine de musiciens réguliers, auxquels se joignent pour des enregistrements, des concerts, autant voire plus de camarades. Aucun ne s’appelle Edward Sharpe, nom fictif.

Aux Etats-Unis, le groupe est réputé dans le milieu du rock indépendant à tendance folk et psychédélique. La chanson Home, début 2010, a grimpé dans le haut des classements des meilleures ventes dans plusieurs pays européens en plus des Etats-Unis.

En France c’est sa présence sur une compilation d’été sous sigle NRJ, en 2013, qui l’a fait connaître. Ce n’est donc pas faire injure au groupe que de dire que la formation est, chez nous, à mettre dans la catégorie pour amateurs avertis (Le Trianon en 2013, L’Olympia en janvier 2014, leurs quatre albums vaguement distribués).

Pari gagné à Rock en Seine : il a donné lieu à l’un des meilleurs moments du festival, en une heure de concert, mélange de folk, de jazz, de gospel, de rock léger, avec des compositions où l’improvisation est la bienvenue, dont la durée initiale est allongée de plusieurs minutes en fonction d’indications d’Alex Ebert.

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Avec Beach Slang, Rock en Seine fête le « Philly punk »

Man on Fire pour débuter, qui de son dépouillement country originel, passe par une phase swing et gospel, avant de s’imbriquer dans Up From Below, en va-et-vient de tempo et d’intensité. Deux chansons en quinze minutes, réjouissance hippie.

Puis Janglin’ avec trompette, ambiance fanfare, sa ritournelle joyeuse « poum-pa/poum-pa » et virée vers Instant Karma, de John Lennon (1940-1980)’ I Don’t Wanna Pray, Wake Up the Sun, complètement parti dans les cieux, la stratosphère même, avec vents, percussions, une guitare électrique grondante, le piano qui surgit. Tout le monde, musiciens et public, a le sourire. Une heure de spontanéité et, mine de rien, d’érudition musicale, passée trop vite.

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A Saint-Cloud, le rock en paix avec son âge

Iggy Pop, figure historique

Plus « classiquement », le festival aura donné à ses 110 000 spectateurs venus du vendredi 26 au dimanche 28 août  en 2015 ils avaient été 120 000 tout ce qu’il fallait de propulsions rock : vendredi, The Last Shadow Puppets, avec Alex Turner (Artic Monkeys) et Miles Kane, bien efficace, mais qui ne sort guère des rails, tout comme Foals, le dimanche ; samedi, Beach Slang, punk à souhait, et Wolfmother, ainsi que le groupe britannique de metal Bring me the Horizon et son impressionnant chanteur Oliver Sykes ; dimanche pour les trentenaires nostalgiques, Sum 41, fondé en 1996, a gardé avec ses chansons punk un rien pop une fantaisie de gamin.

Lesquels gamins bientôt quadragénaires ont joué avant le grand-père de tous les punks, Iggy Pop. Il est pour la première fois à Rock en Seine. En figure historique, comme, lors de précédentes éditions du festival, Roxy Music ou Blondie. Mais probablement plus transgénérationnel.

Son répertoire, des classiques des Stooges (I Wanna Be Your Dog, 1969, Search and Destroy), plusieurs chansons des albums The Idiot et Lust for Life, collaborations avec l’ami David Bowie (1947-2016), une poignée de titres moins connus. Il fait le spectacle, torse nu, déhanchements. Sincèrement.

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Rock en Seine entre dans la danse

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