Puisieux , l’Olympia du Nord et ses vedettes tirent cette fois leur révérence

Puisieux , l'Olympia du Nord et ses vedettes tirent cette fois leur révérence

Des dizaines de photos recouvrent la toile cirée d’Albert Rivaux. De Tino Rossi, Annie Cordy, André Verchuren, Joe Dassin, Dalida’ L’ancien maire de 93 ans conserve précieusement tous ces souvenirs, collectés au fil des galas, dans une petite boîte.

Là, on le voit en 1967, jeune, pimpant, une clope au bec, en train de poser la première pierre de ce qui deviendra LA salle de spectacles au nord de Paris
: l’Olympia du Nord, comme l’a rebaptisée Enrico Macias.

« On gagnait trop de sous »

Albert Rivaux, qui employait alors cent trente salariés dans son entreprise de textile, organisait déjà des bals et des concerts depuis trois ans dans un de ses hangars. Pour booster la vie du village et proposer des loisirs à ses employés. «
On gagnait trop de sous ! J’avais pris l’engagement de construire une salle avec les recettes.
» Une promesse tenue en moins de trois ans et’ sans permis de construire
(lire ci-dessous).

« Soixante-dix vedettes »

«
C’est incroyable d’avoir pu attirer tout ce monde-là
», juge-t-il aujourd’hui, un brin ému, en égrenant la liste manuscrite des «
soixante-dix vedettes
», qui sont passées par Puisieux. Michel Sardou, Rika Zaraï, Pierre Perret, Carlos, Stone et Charden, Patrick Juvet, Claude François’ Sans parler de ces «
goûters des aînés
», qui faisaient converger entre 1 500 et 2 000 personnes de la région un mercredi par mois. Imaginez les files de voitures dans ce village de 700 âmes’

Le record absolu «
Mike Brant et les 3 354 fans
» dans une salle censée en accueillir 1 300 au maximum. Et encore’ Il s’agissait des personnes «
déclarées
», précise Albert Rivaux dans un sourire. La salle n’a jamais autant explosé la jauge.

« Je vais pleurer si je vais à l’inauguration »

Et puis, le déclin a été amorcé. Avec l’apparition des zéniths dans les grandes villes, la hausse des cachets des artistes, la dégradation rapide de la salle. Lors d’un des derniers concerts, «
un talon d’Annie Cordy est passé à travers le plancher
», se souvient Jean-Claude Anselin, un ami d’Albert Rivaux et trésorier du club du 3e âge.

Il ne restait alors guère plus que l’élection de Miss Sucre pour maintenir un minimum de gloire dans ce lieu mythique, en sursis depuis des années. Maintenant que la nouvelle salle des fêtes du village (plus petite) est construite, le couperet est tombé. Albert Rivaux le sait : «
Je vais pleurer si je vais à son inauguration.
»

Cette salle qui… n’avait pas de permis de construire

On est en 1968. Quelques jours avant le concert du chanteur Tino Rossi, qui doit faire salle comble. Albert Rivaux reçoit un coup de fil. «
C’était le préfet, un Corse. Il venait de tomber sur une affiche du concert et il appelait pour fermer la salle
», raconte l’ancien maire.

La raison L’Olympia du Nord est sorti de terre… sans les autorisations préfectorales requises. Aucun permis de construire n’avait été délivré. «
Je n’y avais juste pas pensé
», en plaisante aujourd’hui Albert Rivaux, trop pressé de la construire.

À l’époque, il fait jouer son réseau et téléphone au sénateur pour débloquer la situation et obtenir la précieuse autorisation. Tino Rossi a pu faire son show.

Que va devenir l’Olympia’

En 2008, la nouvelle équipe municipale s’est posé la question : faut-il se lancer dans un énorme chantier de rénovation (qui lui aurait coûté plus d’un million d’euros «
sans subventions
», précise le maire Denis Grossemy) ou construire une nouvelle salle des fêtes Les élus ont opté pour la deuxième solution, plus raisonnable et plus adaptée aux besoins de ce village de 700 habitants. Il ne restait plus beaucoup de spectacles à l’Olympia, excepté Miss Sucre…

Cette deuxième salle a ouvert ses portes fin 2015 et intègre aussi une cantine pour les élèves du RPI.

L’Olympia désormais fermé, la commune va devoir se poser la question de son avenir. Car le bâtiment continue de peser sur les finances, notamment en raison des assurances et de l’entretien…

Pascal Sevran : «Des gens sans importance»

L’animateur de télévision Pascal Sevran est lui aussi passé par l’Olympia du Nord en 1987, pour animer un bal. Il a livré son ressenti (que garde en travers de la gorge Albert Rivaux) dans son livre Lentement, place de l’église, des années plus tard, en 2002. Une sorte de journal intime où il déposait ses mouvements d’humeur ou de colère. Extrait, pas très glorieux pour la commune.

« Puisieux, une bourgade du Pas-de-Calais la nuit dernière. Un bal, un petit bal du samedi soir avec des gens sans importance, des gens qui ne demandent pas l’impossible. Contents d’être en vie (…) Ils veulent me prendre en photo, me toucher la main, ils m’offrent des cravates fluorescentes et des trèfles à quatre feuilles. Je ne dis pas qu’ils sont admirables, je dis qu’il ne faut pas se moquer d’eux. À Puisieux, il y avait un millier de chaises en plastique gris, des planches posées sur des tréteaux, des nappes en papier et l’on buvait de la bière et du mousseux dans des verres à moutarde (…). La France moisie
dans ses plus beaux atours ! Celle qui fait honte à Philippe Sollers. Je la connais, j’en sors. Elle n’a pas que de bonnes manières, on l’aimerait un peu moins vulgaire parfois, mais quelle sale expression quand même pour la désigner: moisie ! J’ai chanté pour elle. »

Quand «Cloclo», mécontent, urinait dans sa loge…

Quarante ans au c’ur du show-biz, ça permet de se constituer tout un tas de souvenirs. Albert Rivaux aurait facilement de quoi écrire un livre sur les coulisses de l’Olympia du Nord…

Sa meilleure anecdote «
Ce n’est pas Claude François déjà
», lâche-t-il, en fouillant dans ses photos. Il se souvient d’un artiste désagréable, qui s’est pointé «
en retard
» à Puisieux. «
Et en plus, mécontent, il a uriné dans sa loge
», souffle-t-il.

Il n’est pas non plus devenu ami avec l’animateur Pascal Sevran. «
Il a critiqué Puisieux dans son bouquin sur toute une page (lire ci-contre), précise Jean-Claude Anselin, le trésorier du club du troisième âge. Puisieux, c’était un peu les ploucs dans sa description.
»

Enrico Macias à la baraque à frites

Donc, les meilleurs souvenirs Il retiendra plutôt le passage de Serge Lama. «
Il est venu avec moi dans la voiture avant son concert
» pour une petite visite dans la campagne arrageoise. Ce jour-là, le duo fait un arrêt à Humbercamps, où se tient un repas des aînés. Après les bises et les poignées de mains, «
il a demandé s’il pouvait chanter, sourit Albert Rivaux. Et il est monté sur scène, gracieusement.
» Sympa, la surprise.

Dans le même genre, il revoit encore Enrico Macias, «
extrêmement sympathique
», en train de manger et de discuter avec les gérants de la baraque à frites qui faisait face à l’Olympia. Le tout décontracté, alors que plusieurs centaines de personnes étaient en train de prendre place dans la salle.

Des gains conséquents pour le village

Au-delà des soirées qui ont fait danser des milliers de fêtards et animé les rues du village, l’Olympia a rapporté beaucoup pour Puisieux… «
On était la première commune du canton à envoyer les enfants en classe de neige à l’époque, grâce aux recettes de la salle
», se satisfait encore Albert Rivaux.

L’Olympia faisait aussi travailler «
trente-cinq personnes
» pour vendre les billets, servir les boissons, gérer la sécurité. Dont tout un tas de bénévoles. Une vraie effervescence dans la commune.

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