Malades d’ennui au travail , le bore-out une souffrance taboue

Malades d'ennui au travail , le bore-out une souffrance taboue

Qui a dans son entourage quelqu’un qui souffre de burn-out, d’épuisement professionnel Tout le monde. En février, l’Assemblée nationale examinait même une proposition de loi, retoquée, pour le faire reconnaître comme maladie professionnelle.

Mais qui connaît un proche en situation de bore-out Personne, du moins le croit-on, car 30 % des personnes en souffrance au travail évoquent une situation de bore-out, a enquêté Christian Bourion. L’auteur du livre, Le bore-out syndrom, a même été surpris de constater que plus de salariés se plaignent de bore que de burn-out.

En moins de 48 h, notre propre appel à témoignages recueille une centaine d’exemples. La souffrance est réelle mais taboue : comment se plaindre d’être payé à ne rien faire Les commentaires révèlent tout autant ce trop rapide jugement. «
Il est politiquement correct d’avoir trop de travail mais politiquement incorrect de s’y ennuyer, résume Chistian Bourion. Dans nos sociétés hyperactives, et en France, en particulier, où le travail est très valorisé, il n’est pas bon de ne rien faire. L
e burn-out est honorable, contrairement au bore-out qui est pourtant tout aussi destructeur.
»

Des salariés déshabitués au travail

Ceux qui s’en sortent le mieux mettent en place des stratégies de contournement, s’inventent de nouvelles tâches, «
piquent des dossiers
» à leurs voisins, adaptent leurs horaires. Et il y a ceux qui s’épuisent.

Des premiers troubles du sommeil à la dépression, de la déformation de l’image de soi-même au mépris de soi’ «
La souffrance peut être pire que celle d’être au chômage
.
» Ces salariés perdent toute confiance en eux et finissent même par avoir peur de ne plus savoir répondre à une charge éventuelle de travail. «
Ils sont déshabitués au travail, souligne Christian Bourion. Quand ils en retrouvent, beaucoup sont perdus, sont devenus inemployables.
»

Le bore-out, autre idée reçue, n’est pas l’apanage de la fonction publique. Christian Bourion et nous-mêmes avons trouvé de multiples exemples dans le privé, dans les toutes petites comme les grosses entreprises. Des exemples chez les ouvriers comme parmi les hauts cadres. Une situation qui apparaît inimaginable tant la crise a imposé des coupes budgétaires et suppressions de poste dans tous les secteurs.

Comment, alors, en sommes-nous arrivés là La situation n’est pas propre à la France. Le phénomène est européen. Avec le développement de l’informatique, des nouvelles technologies, certaines professions ont profondément été bouleversées et plus ou moins adaptées dans les entreprises, comme la profession de secrétaire ; il y a eu de profondes restructurations d’entreprises avec des placardisations plus ou moins volontaires’ Une augmentation du chômage chez les personnes qualifiées qui a entraîné l’occupation de certains postes par des personnes surqualifiées qui vont vite s’ennuyer.

Mais pour Christian Bourion, il y a une circonstance aggravante, en France, notre contrat de travail, hérité des Trente Glorieuses, très protecteur et plus du tout adapté «
aux Trente Piteuses
», image-t-il. L’impossibilité de licencier dans la fonction publique, par exemple. «
L’organisation du travail n’est plus la bonne, il n’y a pas de circulation entre les postes où il y a un trop-plein de travail vers ceux qui sont vides. On néglige les besoins de souplesse de l’activité économique.
» Des solutions à long terme. Les victimes de bore-out peuvent continuer de souffrir, en silence.

Christian Bourion : le bore-out, « une maladie honteuse »

Spécialiste de la gestion du travail, Christian Bourion a découvert le bore-out en enquêtant sur le mal-être au travail. Il a écrit « Le bore-out syndrom » (1).

30 % de salariés malades d’ennui au travail, on a du mal à y croire’

« Moi non plus, je ne connaissais personne souffrant de bore-out parce que c’est une maladie honteuse, de la culpabilité. On n’en est qu’au début de la reconnaissance du bore-out.
Notre enquête a été la première sur ce sujet en France. »

Vous pointez notre contrat de travail, trop rigide. La première mouture de la loi El Khomri était-elle une solution

« C’était l’amorce d’un début de quelque chose. Elle injectait un minimum de souplesse pour entrer plus vite mais aussi sortir plus vite d’une entreprise. Éviter que des gens soient placardisés pour les pousser à la démission. Mais il n’en reste pas grand-chose. Les politiques ont construit un château fort pour sauvegarder l’existant . »

Mais le bore-out n’est pas propre à la France, le droit du travail n’est pas le seul problème. Il y a la crise et n’y a-t-il pas un problème de formation

« Sans doute était-il plus facile de changer de travail durant les Trente Glorieuses. Et, effectivement, la France ne sait pas former. Avant, on enseignait comment évoluer dans l’entreprise, on donnait aux gens la possibilité de gérer leur cerveau, ce n’est plus le cas aujourd’hui. On se retrouve ainsi avec des témoignages de personnes en burn et en bore-out dans la même entreprise . »

Comment sortir de cette situation

« Je pense que nous allons vers une fracturation du marché du travail. Dans trente ans, il y aura moins de salariés et plus d’auto-entrepreneurs, qu’on appellera autrement d’ailleurs. »
S. L.

1. Albin Michel, 17 .

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