Il vous ment  , comment détourner l’attention pendant que Nigel Farage parle

 Il vous ment  , comment détourner l'attention pendant que Nigel Farage parle

Au Parlement européen, il est interdit d’interrompre celui qui parle. Un député travailliste a trouvé la faille : écrire ce qu’il pense sur un bout de papier, dans le champ de la caméra.

Le Monde
| 02.02.2017 à 14h57
Mis à jour le
02.02.2017 à 17h50
|

Par Big Browser

« Il vous ment. » Ce simple message avec une petite flèche pointant vers la personne qui parlait, en l’occurrence le député européen Nigel Farage, a été retransmis en direct en pleine séance du Parlement européen, mercredi 1er février.

L’homme qui tenait la pancarte était Seb Dance, député travailliste de Londres, visiblement énervé par la prise de parole, sans contradiction, de l’ancien leader du UKIP et futur présentateur de Fox News.

Nigel Farage était en train de défendre le décret anti-immigration de son ami Donald Trump (il avait un petit badge Trump sur sa veste, pour que ce soit bien clair), qui « ne discrimine absolument pas les musulmans », est censé « protéger les Etats-Unis du terrorisme islamique » et, de toute façon, relève de « la souveraineté des Etats-Unis », et pas de celle du Parlement européen qui, par sa prise de position, révèle la « vraie nature du projet européen, un antiaméricanisme sans fard ».

Assis dans le champ de la caméra, juste derrière Farage, Seb Dance s’est dit : « Rien à foutre. »

« C’était de la frustration. J’en avais assez des messages nationalistes et populistes brocardés comme s’ils étaient la solution aux problèmes des gens (‘). Il fallait que je fasse quelque chose d’un peu brut, sans nuances, pour montrer que selon moi, il se passait quelque chose de grave. »

Ce moment de dissidence a duré quelques secondes, jusqu’à ce qu’un employé du Parlement « avec une cravate blanche » vienne lui dire d’arrêter tout de suite. Ça lui a aussi valu une plainte déposée par le député européen UKIP Bill Etheridge pour son « comportement éc’urant (‘) pathétique et lâche ».

« Il est temps d’arrêter les euphémismes »

L’eurodéputé Dance est revenu plus longuement sur son geste dans une tribune dans le Guardian. Ce n’est pas seulement l’argumentaire de Farage qui l’a énervé, mais l’impossibilité de lui répondre. Le Parlement européen interdit en effet aux députés de réagir pendant que l’un d’entre eux parle. La « procédure parlementaire » chronomètre les débats et donne plus de temps (3 minutes) aux chefs de groupes parlementaires comme Nigel Farage, qui dirige Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD).

« J’étais assis là, et je me sentais frustré, j’avais l’impression qu’on n’allait pas remettre en cause les fondamentaux du décret anti-immigration de Donald Trump. »

Les « fondamentaux » étant qu’il ne s’agit pas de remettre en cause « la souveraineté des Etats-Unis », mais de remettre en cause « la moralité » de ce décret. Il conclut sa tribune, qui parle de Brexit, des Etats-Unis sous Trump et des réactions à ces deux événements qui sont plus surprenantes encore que les événements eux-mêmes, en écrivant :

« Aucun de nos problèmes ne se résoudra en faisant des immigrés nos boucs émissaires. Il est temps d’arrêter les euphémismes et de dénoncer un mensonge quand on en voit un. »

Sans regretter aucunement son geste, il reconnaît qu’il enfreint les règles du débat parlementaire et s’est donc dit prêt à en assumer les conséquences, d’autant plus volontiers que « les règles sont souvent enfreintes par les membres du UKIP et les autres groupes à droite et à l’extrême droite, et le plus urgent pour moi, c’était de faire passer ce message simple ».

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